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La traversée du GR®4

Pour les adeptes de la discipline, on ne présente plus Thomas Lorblanchet, traileur émérite et reconnu ! 1er champion du monde de la discipline en 2009, il a à son palmarès les premières places sur les plus beaux trails de France ( multiple vainqueur des Templiers) et s’affiche depuis quelques années au départ d’ultra-trails tout autour de la planète ( a remporté la célèbre Leadville Trail 100 en 2012). Son terrain d’entraînement, c’est l’Auvergne et ses montagnes, autour de chez lui ! Il revient sur son projet qui l’a amené cet été à rejoindre Murat, dans le Cantal, à Clermont-Ferrand.

La génèse

Je suis né à quelques pâtés de maison de là où je vis actuellement à Clermont Ferrand.
J’ai grandi sous le regard bienveillant et protecteur du puy de Dôme.
Toute mon enfance, j’ai longtemps pris cette montagne comme un repère visuel de mon horizon. Son côté majestueux vis-à-vis de ses voisins directs de la chaîne des Dômes y est pour beaucoup.

Pouvoir un jour voir ce qui se situait derrière et le panorama depuis son sommet est longtemps apparu comme un but ultime de mes expéditions enfantines…
Chacun a son puy de Dôme et chacun a son référentiel mais c’est cette vision et cette philosophie qui m’a poussé à m’aligner sur mon premier trail en 2001.
Quelques pionniers en short et sac à dos sur une ligne de départ située au camp militaire de la Fontaine du Berger, prêts à rejoindre la station du Mont Dore par le sommet du Puy de Dôme et du Sancy.

Une trace simple, pure, authentique et logique… En tout cas, elle répondait complètement à ma vision du trail. Rejoindre l’arrivée en courant et par ses propres moyens…
L’essence du trail tient pour moi en deux mots : Découverte et Aventure au sens le plus large du terme avec tout ce que cela peut impliquer.

Par la suite, l’enfant a grandi, son territoire étoffé, ses horizons élargis… mais une chose n’a jamais changé c’est cet attachement à mon territoire.

Avec le temps, ce qui me paraissait impossible auparavant me semble aujourd’hui abordable. Le territoire s’est étendu et au fil du temps, l’idée de le parcourir dans sa totalité et d’une seule traite s’est presque faite naturellement.

L’itinéraire

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La trace reste un des maître mots d’un tel projet.

Un départ depuis le Cantal et le village de Murat pour rejoindre naturellement la Fontaine du Berger. Une arrivée qui coulait de source et qui devenait presque une évidence au fur et à mesure de mes analyses de mes cartes IGN…
2 points chargés d’émotion, réunis par une ligne toute simple, celle du GR®4.
Environ 150 km et 5 000 m de dénivelé. Des chiffres presque banals dans un univers de trail en pleine inflation de la difficulté. Mais là n’est vraiment pas la finalité de ce challenge. Une trace logique, dans mon jardin et en solo totale avec les éléments, c’est juste ce que je recherchais dans cette aventure.
Inscrire ce défi dans une notion d’autonomie totale. A savoir une autosuffisance complète aussi bien au niveau de l’eau que des ravitaillements…
Par commodité et pour accentuer un peu le trait, j’ai souhaité me rendre au départ en train. Un clin d’oeil à l’autonomie… et une certaine façon de voir les choses.

Crédit : Pixel en Cime

Crédit : Pixel en Cime

La Trace…

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Le Massif Cantalien
Au départ à 5h00, mes pensées encore dans les bras de Morphée, j’allume ma frontale et me voilà lancé à l’assaut des géants cantaliens. Cette première partie me met vraiment dans le bain.
Une ascension du Plomb du Cantal par Prat de Bouc. A cette date, les pistes hivernales de ski de fond laissent place à de longues pistes herbeuses en direction du sommet. Le panorama se laisse entrevoir avec les premières lueurs du jour qui réveillent tout doucement les crêtes et les massifs à perte de vue. Aprés le Lioran, le contournement du cirque entre le col de Cabre et la Brêche de Rolland reste un des passages clefs de cette traversée. Le Griou qui surplombe la vallée de la Jordanne, l’Auvergne et sa disparité…
Cette intermède des sommets cantaliens prend fin avec l’emblématique Puy Mary. La vision de la ligne de crêtes depuis le Plomb vous donne une impression d’immensité et vous invite à la contemplation de Dame Nature.

Entre Cantal et Sancy

Passé le Puy Mary et le Pas de Peyrol, le paysage prend une forme bien différente. Le plateau du limon avec cette étendue de prairies telle une véritable steppe mongole à perte de vue.
Je reste vigilant, car on ne peut pas dire que les marquages du GR® soient bien nombreux sur cette partie. Quelques passages en tourbières mais la direction est simple, le Sancy…
4A la différence de la première partie très escarpée, s’enchaînent ici  des portions roulantes alternant pistes et routes de campagne. Chaque traversée de village est vécue comme une pause dans ma chevauchée vers les dômes.

A la sortie du village de Condat, aprés une pause midi « express » le Sancy est enfin en vue et se dessine très nettement. Cependant Super-Besse et le début de l’ascension est encore à bonne distance. Les jambes commencent à faire savoir que les 100 premiers kilomètres n’ont pas été si roulants…

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Crédit : Pixel en Cime

Sur les crêtes du Sancy

Le lac des Hermines à Super-Besse marque le début de l’ascension vers le puy de la Perdrix et ce premier palier vers le point culminant auvergnat.
Le plein d’eau est réalisé au départ des bennes… Direction le sommet! L’itinéraire qu’emprunte le GR® laisse peu de place à la récupération et les plats dans le pentu sont peu légion…
Officiellement le GR® ne serpente pas jusqu’au sommet du Sancy, mais je ne pouvais envisager cette trace sans aller poser mon pied sur la stèle la plus haute d’Auvergne. J’en profite également pour refaire le plein à l’arrivée du téléphérique un peu plus bas..
La suite est simple et je pourrais réaliser l’itinéraire quasiment les yeux fermés. Les crêtes jusqu’à la col de la Croix-Morand m’ont vu un paquet de fois, mais rarement avec les jambes aussi entammées… L’arrivée en haut du Puy de l’Angle est presque vécue comme une délivrance. La vue sur le lac du Guéry est encore possible mais les rayons du soleil commencent à être frisants et je sais qu’il me faudra très probablement ressortir la frontale avant l’antenne du Puy de dôme.

Crédit : Pixel en Cime

Crédit : Pixel en Cime

En direction du puy de Dôme
Une petite halte à la Croix Morand… Il reste moins d’un marathon à parcourir… Un faux plat descendant me mène jusqu’à Pessade… La trace s’applanit vraiment jusqu’à Laschamps mais le maintien de la course à pied est une lutte de chaque instant et la solitude du coureur de fond prend ici tout son sens…
Arrivé au pied du Puy de Dôme, je n’ai jamais trouvé le chemin des Muletiers aussi long. Je suis seul dans la nuit, seul avec la pente. Je compte chacun des 15 virages qui me mènent jusqu’à l’antenne. Les jambes fonctionnent uniquement par la simple volonté de voir le bout de cette aventure. Malgré tout,  je suis en communion complète avec l’ensemble des élèments qui me font courir depuis mes 7 ans.

Dans mon rêve, j’avais imaginé pouvoir admirer le coucher de soleil depuis la descente du Chemin des Chèvres mais il m’a manqué une petite heure pour cela… Peu importe ce sera l’occasion de réitérer la trace…

La Fontaine du Berger
Je termine cette traversée par le chemin des Gouris qui serpente jusqu’au camp militaire de la Fontaine du Berger. Tous mes souvenirs ressortent à ce moment là, et je me revois presque 25 ans auparavant. Du haut de mes 10 ans, comme un gamin, courir vers cette ligne d’arrivée comme un dératé sans savoir vraiment jusqu’où me mènerait cette quête des grands espaces. A l’arrivée, mes proches prévenus du projet sont là. Les yeux sont humides… Ce soir, certains manquent à l’appel mais je sais que là où ils sont ils savent qu’il y a un petit bout d’eux dans cette aventure…

Un défi, un challenge personnel qui se termine… Un moyen, non pas pour dépasser ses limites, mais simplement pour les découvrir. Chacun sa trace, chacun ses symboles, mais l’important reste l’aventure. Cette course sur le GR4® a clairement été ce petit catalyseur vers cette quête…


Caroline Chouvy • 28 septembre 2015


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Commentaires

  1. thierry verdier 16 octobre 2015 - 11 h 46 min Répondre

    Merci Thomas pour ce beau récit et ce trajet qui me tente beaucoup aussi en tant que trailer auvergnat ! j’aimerais bien connaitre le contenu de ton sac pour savoir comment tu as géré l’autonomie totale.

    NB : tu écris « stèpe mongolienne », je pense qu’i s’agit plutôt de « steppe mongole » 😉

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