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GR470: à la découverte des gorges de l’Allier!

L’Allier est une des rares rivières encore vraiment sauvage en Europe occidentale et suivre son cours, tortueux et encaissé à souhait, puis parfois plus tranquille aussi, est forcément une aventure. De création récente, le GR©470 propose un grand voyage à pied dans une nature préservée où le temps semble souvent suspendu. On y croise aussi des villages préservés et des merveilles d’architecture romane.

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Voici mon récit d’une marche sur les cinq premières étapes du parcours « topo », disponible sur l’application mobile de ce premier « GR numérique » de France, et que j’ai parcouru en sens inverse du guide, c’est à dire en suivant le cours de l’eau.

MONISTROL D’ALLIER – LANGEAC.

C’est à Monistrol-d’Allier au cœur de la station de pleine nature Gorges du Haut-Allier Margeride-Respirando que débute ma nouvelle balade sur le GR©470. La veille au soir, j’y avais gentiment été conduit depuis le Puy-en-Velay par Pierre Lazier, le directeur de l’agence « La Pèlerine », que j’avais interviewé en vue d’un prochain article sur ce même blog.

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J’ai donc passé la nuit à Monistrol, dans l’hôtel conseillé par Pierre et tenu par Peter, un Anglais haut en couleur qui tient ici une auberge, sur le chemin de Saint-Jacques, depuis 17 ans. On y mange bien et il y avait encore foule en cette mi-septembre, notamment un vaste groupe de norvégiennes (plutôt 3e âge, pour ceux qui déjà s’en ferait une image de rêve…).

Avec vue sur l’Allier

Je pars donc de ce beau village de Monistrol. Je me souviens bien de mes deux derniers passages ici : sur mon parcours vers Saint-Jacques-de Compostelle en 2012, et sur le Grand Trail du Saint-Jacques l’année suivante. Il faut dire que c’est un passage marquant sur le chemin vers Compostelle : on y remonte les gorges de l’Allier. Le paysage, après avoir passé le pont Eiffel au dessus de la rivière, est particulièrement beau. C’est d’ailleurs ce type de vue que je vais retrouver tout au long de mon parcours aujourd’hui, puisque je serai souvent en surplomb du cours d’eau.

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Comme Pierre m’a dit que le chemin était très beau aussi après Monistrol, je commence par aller y jeter un coup d’œil, en grimpant le petit sommet par lequel les randonneurs peuvent arriver vers le village. Mais le temps m’étant compté, je redescends pour reprendre le chemin dans le sens que j’ai prévu, et me mettre en marche vers Langeac, mon but du jour.

J’ai cependant un peu de mal à trouver le départ du chemin. Comme les deux options, Gorges et Margeride, du sentier se séparent à Monistrol, j’ai peur de me tromper. Est-ce par la rue Chauchat, où il n’y pas un chat, ou par la rue des Deux Chiens, où j’en vois deux, de chats ? L’application a décidé de ne pas fonctionner tout de suite : le réseau est trop faible pour bien capter et je n’arrive pas à ouvrir les fichiers des étapes que j’ai pourtant pris soin de télécharger la veille afin qu’ils soient accessibles, même hors connexion. Je retourne donc, en désespoir de cause, devant l’hôtel de Peter pour y capter à nouveau le Wi-Fi et être ainsi sûr de l’orientation.

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Le « GR numérique » se mérite donc ! Mais une fois l’appli lancée sur de bons rails, et le mode GPS enclenché, on peut facilement suivre sa progression sur l’écran, de façon très précise sur la carte du parcours ou celle de l’étape. Même lorsque le réseau téléphonique est inopérant, à condition cependant de ne pas avoir quitté l’appli trop longtemps, car alors elle ne se recharge pas bien…

Pour l’heure, je suis lancé, moi aussi, sur la bonne trace. En outre, le balisage, le classique blanc et rouge, est très présent, et une fois laissé de côté le chemin de Saint-Jacques, qui est commun sur quelques kilomètres, il n’y a vraiment plus guère à hésiter.

Je retrouve donc, sur la première montée, le chemin que j’ai déjà emprunté vers Compostelle. Je me souvenais bien de la petite chapelle au milieu des marches, devant laquelle je m’étais pris en photo; comme un clin d’oeil au temps qui passe, je fais de même cette fois encore.

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Un peu plus loin, alors que le sentier part donc dans une direction différente du Saint-Jacques, je peux encore admirer une vue plus large sur Monistrol et les gorges. Le sentier se fait ensuite plus forestier, mais offre tout de même régulièrement de belles vues sur la rivière et sur les éminences qui la surplombent. Le profil est bien bosselé et la marche est plutôt physique ! J’ai pour l’instant la météo avec moi : soleil encore présent, température presque idéale pour l’effort. Je peux donc profiter des lieux. Prendre mon temps en traversant les petits hameaux, regarder les belles maisons de pierre, puis, plus loin, admirer les roches au-dessus de l’eau.

J’arrive ainsi à Prades, au bout de 14 kilomètres (j’en ai parcouru quatre ou cinq de plus avec ma petite escapade du matin), où je m’offre une petite pause déjeuner dans le bar-boulangerie de la localité. En repartant, je franchis une nouvelle fois l’Allier, dominé ici par un site rocheux particulièrement majestueux formé par d’impressionnants orgues basaltiques.

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Gorges et villages perchés

Je longe ensuite un petit moment la rivière de plus près, le temps d’admirer les côteaux et la belle chapelle des Chazes, toute seule au bord de l’eau. Je grimpe à nouveau bientôt sur les collines environnantes, le parcours est toujours aussi beau, vert et sauvage.

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Les villages perchés rythmeront la fin de mon étape: d’abords Saint-Julien-des-Chazes, puis Chanteuges. Leurs sites, ainsi que leurs églises, sont vraiment impressionnants, comme posés sur la roche au-dessus des flots de la rivière. C’est un bien beau coin du Haut-Allier que je découvre ici, même si mon pas commence à être un peu fatigué par cette marche tout de même exigeante. D’autant plus que deux erreurs d’inattention me font rallonger un poil mon parcours; mais le recours à l’application et à son suivi GPS me remet vite dans le droit chemin.

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Une soirée hors-saison

Il n’est quand même pas si tôt lorsque j’aborde les derniers kilomètres, un peu plus plats et campagnards, qui me mène à Langeac, le terme de mon étape. Le centre-ville est bien calme en ce soir de mi-septembre et je n’ai aucun mal à trouver une chambre, pour un prix plutôt modique, à l’hôtel bar du centre. Bien m’en a pris tout de même d’arriver avant la nuit : la patronne m’indique qu’en cette saison, l’établissement ferme tôt.

Et c’est vrai que Langeac semble déjà bel et bien hors saison. Je serai le seul client du seul restaurant ouvert (mis à part quelques kebabs/pizza), seul un couple arrivera plus tard. Dans cette grande salle ornée simplement d’un immense bar en bois massif, faiblement éclairée, je peux déguster un menu pas si mal, servi par le maître des lieux, en habit de cuisinier. On pourrait trouver cette soirée un peu triste, dans une « France d’en bas » qui tourne au ralenti. Mais cette ambiance ne me déplaît pas du tout. Je songe à l’inspecteur Maigret, qui pourrait tout à fait être là, envoyé en mission sur une affaire provinciale, à observer la vie qui coule doucement en savourant, comme moi ce soir, son quart de vin rouge et son menu du jour. Le décor et l’ambiance, ce soir, ont un petit côté années cinquante- romans de Simenon, surtout à la lumière des éclairages publics de Langeac. J’y trouve un côté rassurant, celui des choses qui perdurent et d’un art de vivre qui résiste, malgré tout. Mais il est temps de regagner ma chambre, elle aussi conserve un charme un peu désuet, pour récupérer quelques forces. Demain, j’ai une longue étape de prévue sur les bords de l’Allier.

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DE LANGEAC A VIEILLE BRIOUDE.

Après un petit déjeuner pris au bar de l’hôtel, je repars assez tôt dans les rues de Langeac, qui s’éveille doucement en ce mercredi de septembre.
Je retrouve vite le GR, qui s’échappe de la petite ville pour grimper dans les collines boisées. C’est la première pente de la journée et ce sera loin d’être là dernière !
Lorsque je parviens sur le large plateau après la montée, je sens que le vent, annoncé tempétueux, est effectivement très fort. Sur ces grands espaces dégagés, il s’en donne à cœur joie. Cependant, je suis plutôt heureux de ne pas être à couvert des arbres.

Orgues basaltiques et caprices d’Eole.

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Quelques kilomètres plus tard, je redescends et retrouve la forêt, mais le vent semble heureusement souffler moins fort. Je traverse ainsi quelques kilomètres bien pentus, sur des sentiers agréables et parfois assez techniques. Je rencontre d’ailleurs un groupe de traileurs à l’entraînement : je crois connaître l’un d’entre eux, qui porte un tee-shirt rappelant sa participation à une course au Népal, que j’ai moi aussi courue. Il s’agit de Philippe Boyer, un excellent coureur local. Les autres coureurs, dont j’ai remarqué les physionomies variées, sont des réfugiés politiques de différents pays, qu’il entraîne en vue de la course des Templiers. Comme quoi, même au cœur de la nature auvergnate, on peut croiser l’actualité planétaire.

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Je poursuis ainsi mon chemin, en croisant de beaux villages perchés. Les vues sur les méandres de la rivière, en contrebas, sont souvent spectaculaires. A Chilhac, un très beau village médiéval, je peux aussi admirer des orgues basaltiques remarquables, qui font presque corps avec le village, son château et son église. Un peu plus loin, après une descente où le vent souffle à nouveau en rafale, je trouve Lavoûte-Chilhac, et son très beau pont sur l’Allier, bordé ici par des maisons anciennes toutes très bien conservées. Eole a pour un temps chassé les nuages et c’est sous un beau soleil de fin d’été que j’apprécie ce site, où je décide de m’accorder une bonne pause déjeuner. J’ai tout de même déjà parcouru 19 kilomètres bien vallonnés depuis ce matin.

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La suite du parcours est toujours très variée, entre remontée de côteaux parfois assez abruptes, traversée de hameaux aux architectures rurales bien conservées, plateaux et panoramas sur la rivière et sur les monts environnants. Le dénivelé est toujours bien présent, l’environnement bien vert, avec une sensation de « pleine nature » à la fois grisante et un peu inquiétante car la météo semble de plus en plus menaçante.

Quand l’orage approche!

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Lorsque j’arrive à Villeneuve-d’Allier, où je pensais faire étape, je trouve les hébergements tous clos : décidément, nous sommes déjà hors-saison. Je me résous donc à poursuivre mon aventure du jour.  Une quinzaine de kilomètres me séparent de Vieille-Brioude où je peux espérer trouver un abri. Il n’est que 17h30, mais l’orage semble s’annoncer et je préfère arriver avant la nuit. Il ne faut donc pas traîner !

Je profite certes encore du site fabuleux du château de Saint-Ilpize, qui domine l’Allier, bien entendu, mais aussi toute la vallée. Un endroit qui devait être tout à fait stratégique pour contrôler les environs, mais qui aujourd’hui offre un panorama splendide. Malheureusement, cette vue imprenable me confirme aussi l’approche de nuages à l’air peu aimable, poussés maintenant dans ma direction par un vent de tempête. Je presse mon pas.

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Le GR© navigue entre petites forêts et hameaux, serpente sur des plateaux, grimpe des coteaux (c’est d’ailleurs l’ancien vignoble de la Ribeyre). C’est une nature préservée qui accueille encore mes pas, de beaux paysages que j’apprécie cependant de moins en moins. L’orage vient, le vent m’inquiète et le soir s’avance aussi. Je range mon appareil photo dans mon sac à dos et me décide à courir.

C’est donc au pas de course que je vois défiler les derniers kilomètres. Enfin, je vois scintiller les lumières de Vieille-Brioude. La fatigue est bien là, j’ai tout de même parcouru 50 kilomètres des plus vallonnés aujourd’hui. Le site, l’eglise au-dessus du pont, les rues éclairées, m’apparaissent comme magiques dans la lumière du crépuscule, assombrie encore par les nuages. Mais je n’ai plus vraiment envie d’admirer l’architecture et les méandres de l’Allier : les premières gouttes tombent lorsque je franchis l’entrée de la cité.

Un peu plus loin, c’est dans le premier établissement ouvert que je trouve refuge. Il est déjà huit heures passées, et je n’ai donc plus qu’une envie : prendre du repos (et des forces) afin de récupérer de cette belle et longue balade. Je dîne tranquillement à l’hôtel, avant de trouver un sommeil réparateur. Dehors, la pluie et le vent sont déchaînés.

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EN ALLANT A BRIOUDE

Comme j’ai pas mal allongé mon étape de la veille, il ne me reste plus que quelques kilomètres, le lendemain, pour terminer mon périple sur ce GR©470, en rejoignant le centre ville de Brioude.

Je repars un peu en arrière pour admirer le site de Vieille Brioude sous la lumière du matin. Il pleut encore, mais la tendance est à l’amélioration. Je rejoins ensuite les bords de l’Allier. Là, le paysage change: ce sont des rives plus calmes, plus plates aussi qui m’accompagnent sur ces derniers kilomètres. C’est déjà un Allier plus « aimable », plus large aussi, qui ressemble à celui qui vient couler jusqu’à Vichy et que j’ai suivi sur une autre balade, sur le GR©3, en début d’été.

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Je rejoins ainsi Brioude, que j’avais découvert sur la Via Arverna. Décidément, mes balades de l’été en Auvergne sont connectées… C’est d’ailleurs une petite nostalgie qui m’envahit lorsque je reprends le chemin de la gare : la saison est finie, ces belles itinérances qui m’ont permis de mieux découvrir les beautés parfois discrètes de cette belle région sont derrière moi. Mais j’en ai bien profité, et l’été reviendra en Auvergne ! Pourquoi pas pour une nouvelle aventure sur le GR©470 ?!

Toutes les infos pour partir sur GR©470 : http://www.gr470-gorgesallier.com

 


Sylvain Bazin • 22 septembre 2015


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