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Avalanches… en Auvergne?!

« Les inconscients ils font du ski hors-piste »… le risque de chute, de dévissage, d’avalanche : autant d’arguments qui pourraient pousser les non-pratiquants (aidés par certains médias) à diaboliser la pratique de la montagne. La réalité est pourtant différente : en apprenant, en analysant les situations, en sachant renoncer parfois , on peut mettre un maximum de chances de son côté et rendre le risque quasi aussi acceptable que celui que l’on prend en conduisant sa voiture. Je vous propose un aperçu du phénomène en vidéo, puis une petite réflexion écrite à la suite.

« Excusez-moi d’être sérieux », promis chez moi ça ne dure jamais longtemps, mais il y a des sujets qui méritent réflexion et celui-ci me touche profondément : les enjeux en valent la peine … ce qui est écrit ci-dessous n’engage qu’un guide haute montagne tracassé par certaines dérives.

Qu’il serait plus facile de tout interdire ! L’excuse est trouvée: ces cinquante dernières années les avalanches ont causé une moyenne de 30 décès par an, de 15 à 57 plus précisément. (Source ANENA). C’est effectivement trop, beaucoup trop. Même un seul serait un de trop.  Qu’elle nous pend au nez cette interdiction de la montagne… qu’il revient souvent ce mot « interdiction » lors des réunions dans les instances administratives… dans certains massifs de pays étrangers le pas a déjà été franchi ! En France des arretés d’interdiction ponctuelle pour le hors-piste ont déjà été pris. Mais doit-on interdire « ce qui comporte des risques », tout ce qui peut tuer?

Car c’est aussi trop 500 noyades chaque année, dont en moyenne 3 par jour sur les plages de France pendant la saison d’été. En sport, à l’entrainement ou en compétition, ce sont 1000 à 1500 « mort subites » annuelles. On pourrait se dire alors qu’il suffit de ne faire ni ski hors-pistes, ni sport, ni d’aller à la plage pour « ne pas prendre de risques »! Mais tout le monde peut attraper la grippe, 2000 décès par an en France (un pic à 20.000 l’an dernier), beaucoup de monde utilise une voiture (4000/an), que dire des 20.000 dus aux accidents ménagers, 50.000 liés à l’alcool, 70.000 à cause du tabac, … en France on compte un peu plus d’un décès chaque minute qui passe. (500 à 600.000/an, soit près d’ 1% de la population).

Pour tous ces malheurs il n’y a aucune solution radicale et les interdictions sont uniquement des moyens de fermer les yeux : en aucun cas cela ne résout le moindre problème. Bien souvent même se produit l’effet inverse. Mais la société actuelle tend à tout cadrer, normaliser, à désigner systématiquement un responsable, à exiger un « risque 0 » : on en oublierait presque que vivre est plus que dangereux puisqu’on a 100% de chance de mourir. L’effet pervers à cette tendance se produit.  On se déresponsabilise, on analyse moins, on tombe dans la logique de « tout ce qui n’est pas interdit est autorisé et donc sans risque» avec les répercussions que cela peut avoir. Des accidents par manque de bon sens, suivis d’inévitables procès, puis des élus obligés de règlementer encore plus pour se couvrir de l’impensable. C’est le serpent qui se mord la queue! A qui la faute? Surement pas aux élus qui engagent personnellement leur responsabilité. Etre maire d’une ville aujourd’hui est extrêmement risqué! (a interdire alors?! 😉 )

Seul remède pour aller dans le bon sens : la prévention. Expliquer que le « risque 0 » n’existe pas, qu’on doit être maitre de ses décisions et responsable de ses actes. Lorsqu’on est conscient du risque pris, à chacun de juger s’il le prend ou pas: que ce soit pour prendre sa voiture, d’aller nager ou de skier. Tant qu’on ne met pas les autres en danger. Les skieurs devraient accepter une absence de secours a partir du risque 4, par exemple. « Prévenir », et à chacun aussi de faire la démarche de s’informer: il est bien trop facile de se cacher derrière les excuses « on ne m’avait pas dit… ».

En France le milieu de la montagne fait de son mieux. Des organismes comme l’ANENA proposent des outils, des conférences, des témoignages. Les clubs et les professionnels proposent des sorties, des formations, des stages. Les stations communiquent beaucoup auprès des skieurs à travers des actions concrètes : tests DVA, zones d’entrainements DVA, bulletins d’information, discussions avec les pratiquants… Météo France émet des Bulletin d’estimation des Risques d’Avalanches. (on peut cependant regretter qu’il n’y en ait pas en Auvergne, bien que l’on comprenne que « la crise » touche tout le monde!) Et tout comme lorsqu’on va à la plage on va demander au poste de surveillance les conditions du jour, quand on part à la montagne on passe voir le poste de secours, les PGM / PGHM, on s’informe des conditions météo… Avec les moyens technologiques actuels on trouve les numéros et les infos en quelques secondes. Et on évolue en fonctions de ses capacités/connaissances! On ne peut plus dire aujourd’hui « on ne savait pas »…

Et pour tous ceux qui ne vont pas en montagne, qui ne skient pas et qui veulent faire avancer les choses, il suffit de ne plus porter attention à une certaine presse qui cherche a faire du sensationnel avec les accidents et à juger bien avant les enquêtes. Qu’il est facile d’aller trouver quelqu’un (quitte à en interroger 100 pour entendre ce qu’on veut) à la sortie d’une boulangerie et de lui faire dire « ah oui, tout le monde savait au village qu’il ne fallait pas y aller! ». En lisant la presse puis en cherchant le résultat des enquêtes (qui prennent parfois plusieurs mois ou années) on mesure bien souvent le fossé avec la réalité. Et pour 1 crétin qui va dire devant une caméra « moi je fais du ski hors piste car le danger me grise » combien de centaines, de milliers évoluent en toute intelligence?

Voilà cette petite réflexion est terminée, c’est idéaliste j’en conviens mais c’est ce que j’ai au fond du cœur.  Après c’est sur, il serait plus facile de se taire et/ou de ne rien faire: « quand on ne fait rien on prend moins de risques »…

 


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François Lesca • 11 janvier 2016


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Commentaires

  1. Franz 16 janvier 2016 - 0 h 05 min Répondre

    Merci pour ce très bon article et quelle vidéo intéressante !
    Pour « mettre permis » de demander à des gars d’un PGM l’état des hors-pistes en haut de la benne du MD il y a 4 ou 5 ans, j’ai vraiment été super déçu de leur suffisance manifeste. Ce sont des flics dans leur attitude. Avec le même type de tonalité dans la réponse que si ils m’avaient arrêté pour excès de vitesse. De plus on avait l’impression qu’ils voulaient garder leur terrain de jeux pour eux…

  2. thym 20 janvier 2016 - 12 h 47 min Répondre

    belle video explications claires enfin du constructif ouvert a tout le monde.chapeau pour l’etat d’esprit.encore merci.un pisteur de super besse.

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