Montagne Bourbonnaise

A travers la montagne bourbonnaise et le Livradois-Forez, sur le GR©463 et le GR©3.

Mon ami Damien , aspirant accompagnateur en montagne, grand arpenteur des chemins auvergnats et moi, avons prévu de parcourir environ 70 kilomètres en deux jours, pour relier la plaine de l’Allier, la montagne bourbonnaise et enfin terminer notre marche dans le Livradois-Forez. Un parcours de moyenne montagne et de plateaux, qui nous fera découvrir des endroits plutôt méconnus de l’Allier et du Puy-de-Dôme. D’ailleurs, Damien, qui voit pourtant depuis chez lui un panorama sur ces massifs, n’y a jamais encore randonné. Notre itinéraire va nous conduire de Vichy aux hautes-chaumes après Chabreloche.

C’est à Vichy, devant le pont de l’Europe, sur les rives arborées de l’Allier que commence notre balade. Il fait beau, le ciel est encore un peu voilé mais tire sur le bleu, la température est assez chaude. Une belle journée pour marcher. Elle est d’ailleurs déjà un peu entamée, nous ne débutons pas vraiment très tôt notre aventure : le temps de faire quelques courses, afin de préparer les pique-niques pour être autonomes aujourd’hui et demain, de terminer des préparatifs « à l’arrache », et c’est sous le coup de onze heures passées que nous nous mettons en marche! Nous avons prévu 30 kilomètres, bien vallonnés mais tout à fait abordables, pour cette première étape. Les jours sont longs, il fait beau, nous avons prévu de marcher jusqu’à l’heure de l’apéritif, voire du dîner.

Guinguettes et bords de rivière

Les premiers hectomètres invitent à la promenade. Le parc, aménagé au bord du fleuve, doit d’ailleurs être un lieu de balade dominicale apprécié. Quelques guinguettes sont encore là, rappelant le temps des canotiers. Nous nous offrons d’ailleurs un café, histoire de nous mettre définitivement en train, dans l’une d’elles. L’eau de l’Allier coule paisiblement devant nous, sous les beaux arbres qui bordent la rivière.

Après cette première pause (nous avions tout de même parcouru 500 mètres!), il est plus que temps de prendre un vrai départ. Quelques hectomètres plus loin, nous quittons la ville. Nous longeons cependant encore quelques instants l’Allier. Le décor est bucolique, les oiseaux chantent, c’est une nature de bord de rivière, paisible et accueillante qui berce nos premiers pas. Il fait chaud maintenant, une lourde chaleur de mi-journée. Le sentier s’élève bientôt au-dessus du rivage : nous transpirons à grosses gouttes, sans doute aussi à cause du poids relativement élevé de nos sacs… la nourriture, l’équipement pour camper, sans oublier la bouteille de vin rouge, ça pèse tout de même!  Cette première montée est déjà récompensée par un beau point de vue ; un petit détour vers une table d’orientation nous offre même un panorama complet sur la plaine de la Limagne  le massif du Sancy et la chaîne des Puys au loin.

Bois bucoliques, château fort, calme campagne et chants d’oiseaux

C’est une campagne des plus paisibles qui accompagne maintenant nos pas. Petits bois de feuillus, champs et hameaux. On ne rencontre pas grand monde, tout est très paisible. Un bout de champs pour notre pause pique-nique. Il fait si bon ici. Un instant propice pour refaire le monde, au calme. Nous suivons le GR©463, qui traverse l’Allier en largeur, dans sa partie sud, et relie les GR©300 et GR©3, qui eux franchissent le département du nord au sud. Cette traversée, outre les beaux panoramas sur les massifs qui lui font face, nous plonge donc dans une douce campagne, une France rurale où il semble faire si bon vivre.

Peu après avoir repris notre marche, nous traversons le beau village de Busset. Un petit tour dans le parc de son beau château. C’est une immense demeure médiévale, aux hautes tours, certes légèrement modifiées à travers les siècles, mais qui conserve bien un aspect château fort, en plus aimable. Encore entouré de douves, il présente ainsi de beaux et raffinés jardins à la française et à l’italienne. Le bâtiment, aux proportions plutôt impressionnantes, abrite d’ailleurs un hôtel de charme où il doit faire bon passer une nuit en bonne compagnie. Ce soir, on se contentera de discussions amicales et de nos tentes, mais on prend quand même l’adresse, pour une prochaine fois!

Sur les crêtes de la montagne bourbonnaise

Nous sommes tout de même un peu montés depuis Vichy : les 500 mètres d’altitude sont franchis ! Certes, cela reste de toutes petites montagnes, mais c’est tout de même bien vallonné et l’effort n’est pas tout à fait anodin sous la chaleur. Nous sommes déjà sur les contreforts de la montagne bourbonnaise.

Nous manquons un peu d’eau. Dans un des hameaux du parcours, nous en demandons à une dame, devant sa maison. Elle est toute contente de nous en offrir et va nous chercher une bouteille bien fraîche, que nous accueillons avec grand plaisir. Elle nous dit voir souvent passer des randonneurs. Le charme discret de la région n’échappe donc pas à tout le monde. Cependant, nous ne serons pas gênés par la foule aujourd’hui : notre randonnée nous laissera une belle impression de calme et de sérénité, dans un décor où le temps semble s’être gentiment arrêté. Quelques vaches, quelques moutons, de plus rares villageois, seront nos seules rencontres avant l’étape.

Nous suivons un instant la ligne de crête. De belles vues sur les monts de la Madeleine, sur la chaîne des Puys aussi, nous distraient aussi. Le sentier, qui serpente ainsi à travers bois, est très agréable. Après le hameau de Riboulet, nous descendons vers la vallée du Sichon, que nous franchissons peu après. Le chemin est ombragé : pas plus mal car le soleil est ardent. Un gentil paysage de bord de rivière nous accompagne. Nous pouvons aussi jeter un long coup d’oeil sur le majestueux rocher Saint-Vincent et sur le château de Montgilbert, qui dominent la vallée.

Discussions à la frontière

Quelques pas bucoliques plus tard, une pause au bord d’un ruisseau où un troupeau de vaches vient nous dire bonjour, et nous descendons vers Ferrières-sur-Sichon (pas sur Chichon!), notre étape du jour. Notre espoir de voir un bar ouvert est exaucé : une bonne bière fraîche vient justement récompenser nos efforts de la journée.  L’établissement, qui est aussi un hôtel-restaurant, est très fréquenté. Nous y retrouvons de la chaleur humaine et engageons conversation avec un jeune étudiant en socio-linguistique. Son sujet de thèse concerne directement le territoire: la vallée du Sichon était une zone de frontière linguistique entre les langues d’Oïl, l’auvergnat et le Franco-provençal. Les gens du coin se sentent, apparemment encore aujourd’hui, bourbonnais. Mais l’Auvergne est à deux pas, et c’est là que nous irons demain, à travers le Livradois Forez qui commence un peu plus loin.

Mais c’est bien la montagne bourbonnaise, et le calme camping municipal de Ferrières, qui abrite notre sommeil, bercé par l’écoulement du ruisseau, cette nuit.

La montée vers le Livradois-Forez

Le lendemain matin, le soleil brille fort lorsque nous plions notre campement. Un café plus tard, toujours dans la même auberge, et nous retrouvons le sentier. Il se met vite à grimper, et nous aussi. Nos sacs sont un peu plus légers que la veille, nourriture et bouteille en moins, et c’est heureux : le parcours sera plus dénivelé, et la chaleur plus mordante encore que la veille. Nous serons cependant très souvent à l’ombre, à l’abri de la grande forêt de conifères qui garnit ici la montagne : pins, sapins, épicéas et Douglas, Damien peut réviser ses gammes en la matière. Nous marchons maintenant sur le GR©3, qui traverse donc l’Allier, puis le Puy-de-Dôme, par l’est, sur un axe nord-sud. Ce GR© est le plus ancien de France : il suit, plus ou moins, le cours de la Loire, depuis sa source au Mont Gerbier de Jonc jusqu’à l’embouchure. 1200 kilomètres du grand fleuve français, que nous ne suivrons qu’un petit bout de chemin aujourd’hui. Nous ne verrons pas le fleuve, mais il n’est pas bien loin, un peu plus à l’est.  La mise en place de ce sentier « historique » débuta en 1947, mais il ne fut balisé et mis en service dans sa globalité qu’en 1987. Cependant, les tronçons que nous empruntons aujourd’hui sont plus anciens, comme l’attestent certains panneaux, qui semblent effectivement dater au moins des années 1960.

Sous les sapins 

Le paysage, qui rappelle celui des Vosges ou du Jura, est typiquement « nordique »: nous atteignons d’ailleurs bientôt, après un arrêt qui fait du bien et un bon coca fraise au village de Lavoine, la forêt des Bois Noirs et sa station de ski de fond. La neige a disparu, restent de belles pistes forestières au milieu des conifères. Les pentes sont assez affirmées maintenant : nous sommes à plus de 1000 mètres d’altitude et frôlons le point culminant de l’Allier, le Puy de Montoncel, qui est d’ailleurs à la jonction des trois départements de l’Allier, du Puy-de-Dôme et de la Loire. C’est le second cité, nous restons en Auvergne, qui accueille nos derniers pas.

Après un pique-nique forestier, nous retrouvons nos amis Guy et Claire, qui habitent non loin de là, dans la longue descente qui mène à Chabreloche. Une bonne pause amicale est la bienvenue au bout de cette longue pente, où le chemin se fait plus technique. Il y a quelques cailloux… La chaleur est forte, nous avons déjà marché plus de 30 kilomètres depuis le matin. Encore quelques pas pour nous rapprocher des sommets un peu plus élevés du Livradois Forez, et de son point culminant de Pierre-sur-Haute (1634 m), à travers un paysage plus découvert : les hautes chaumes succèdent à la dense forêt. La fatigue est tout de même là, et il est temps pour nous de dire au revoir à ce joli coin de montagne.

Nous reviendrons, pour parcourir davantage ces hautes-chaumes, mais de la paisible campagne de la montagne bourbonnaise aux forêt du Livradois-Forez ces deux belles journées de balade hors du temps nous ont déjà fourni le plein de sérénité et de belles contemplations.

 Le Topo Guide de notre parcours: http://ffrandonnee-allier.fr/Topoguide_P031.ffr


Sylvain Bazin • 9 juin 2015


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